Si le hasard existait, ça se saurait.
Le nihilisme et le néant, c'est un truc d'ado attardé. Jusqu'où peut aller l'esprit lors de ses quêtes existentielles pour arriver à une conclusion pareille? Comme s'il n'y avait rien. Comme si je n'étais rien. Ce n'est pas une vision de l'ego de dire qu'on est manifestement quelque chose. Ca peut partir de constations bêtement scientifiques. Hé, regarde moi, je suis énergie. Regarde comme je brûle quand je danse, regarde comme nous tremblons quand nous faisons l'amour, sens comment t'es heureux quand tu chantes, prends mon amour quand je te le donne en un sourire, une tape dans le dos, ou un baiser sur ton front. Sens comme nous sommes vivants.
Ouais, si on étais rien, on serait resté des têtards ahuris.
Si le hasard existait, je n’existerais pas.
Appelle-moi hasard mec, et je te pète les dents. Est-ce que j'ai une tête de coïncidence, je te le demande? La beauté de la nature, c'est une erreur peut-être? Oh, non, chéri-chéri, je ne te parle pas de Dieu. Je suis autant Dieu que toi. On sait tout, on veut tout, tout de suite, et on l'a, parce qu'on est surpuissant. On a niqué les Super héros, on est tous des Super héros, gnac gnac. Et le reste... Pas le temps de s'occuper. « Hope I die before I get (c)old » qu’y disaient.
La pire des choses qu'il puisse arriver à un homme, c'est l'ennui. La femme résisterait à l’ennui disent les experts.
Ce qui tue une femme, c’est sa progéniture.
On m’a dit hier que j’avais un karma d’homme.
Je fais quoi alors avec mon corps tout plein de seins,
de protubérances, tout plein de plaies béantes prêtes à recevoir? « Tellement si femme je te hais tellement si fort ».
Si le hasard existait, tout serait chaos, de l’attraction des astres à mon cycle menstruel.
Non mon pote, j’ai pas une tronche de chaos. Le hêtre pourpre devant ma fenêtre non plus, c’est pas du chaos. Et je ne pense pas que « Cigarettes and chocolate milk » de l’elfique Rufus Wainwright que j’écoute maintenant soit du pur hasard. Que celle-là revienne de l’Amazone avec des visions de vie sublimée, c’est pas du hasard, que celui-ci soit parti à Yerushalaïm sur un coup de tête, c’est pas du hasard, que celui-là soit mort juste après avoir vu son arrière-petite-fille, c’est pas du hasard.
Que je t’aime là, maintenant, je ne sais jusqu’à quand, je ne sais jusqu’où, mais que ce soit vrai, là tout de suite, je ne pense pas que ce soit dû au chaos. Que tu m’aimes un peu là, maintenant, synchro, pile-poil, je sais que ce n’est pas du hasard.
Dieu n’existe pas. Nous, on existe. Si ça s’appelle pas de l’espoir…
La poudreuse coule dedans-dehors. C’est bon de glisser dessus, le corps en étoile, dévaler la pente comme ça, la face au soleil, le cul glissant sur la mousse glacée. Quand une saison s’arrête, une autre commence, le truc borderline, pas vraiment fini, cette période sacrée d’entre les saisons, quand le temps et les étoiles sont avec nous. Putain, c’est bon. La poudreuse est donc de bonne augure. Et pourtant… Y’a de bonnes raisons d’angoisser. Est-ce le bon moment pour espérer ou est-ce le moment idéal pour profiter des derniers rayons bienfaiteurs parce qu’après on risque d’en chier sévère? On est sur la terrasse au bord du canal Saint-Martin ou rue Lepic, les filles montrent leurs jambes, on peut trimbaler la guitare et jouer comme ça dans la rue, personne fait chier. On sourit plus fort quand le soleil est de la partie. La reconstruction passe par le sourire, tu vois. Fais attention mon ami. Ce putain de monde passe son temps à nous demander de choisir, tout le temps, pour tout. Choisis ton look, tes études, ton job, ta machine à laver, ta connexion, ton programme TV, ton yaourt, ta personnalité, ton alter-ego people, ta musique, tes marques, tes sous-marques, la forme de ton corps, tes amis, tes ennemis, ta bagnole, ta devise, tes gosses, ta mort… Je surfe sur la poudreuse. Je maîtrise pas encore tout. Je me plante ou je m’envole? Rendez-vous dimanche, les mecs. Et n’oubliez pas ce qu’il s’est passé ces dernières années. C’est le bon moment pour se rappeler pour rectifier le tir. Comme il dit l’autre, ICI et MAINTENANT.
Tout le monde reprend sa forme originale. Les corps s’ouvrent, les feuilles prennent la bonne teinte, le tableau qu’on forme tous se construit. Et ce putain de peintre fait bien le boulot. On repart depuis le début, on se décrasse, on expie. Le nouvel an ne devrait pas être en hiver mais au printemps. 2007 donc : année 1 pour pas mal de gens, comme moi, les étoiles bougent, ouais, ma gueule, pile le bon moment pour l’espoir.
Et en même temps, sur ce même Canal Saint-Martin qui se présente comme un jardin de sourires, y’a d’autres sourires, placardés sur les murs. Des sourires bizarres, tordus. Des regards biaisés, par en bas, par en haut, figés, et pompeurs d’énergie.
Ce sont ces sourires là dont il faut se préoccuper pour le moment. Tu l’as reçu l’enveloppe? Tu sais, l’enveloppe marron avec tous les sourires dedans. Et plein de mots partout. Tu t’es pas senti en possession d’un truc important? Tu t’es pas senti d’un coup, comme ça, avec une grosse responsabilité? T’as pas eu, pendant le quart d’une seconde, envie de changer le monde?
Tu peux te passer de ces choix-là. Avec un peu de bonne volonté et de créativité.
Mais le paquet de sourire dans l’enveloppe marron, ils te demandent de faire LE choix. Le choix que tu portes pour toi et les autres. Le choix qui n’est pas individuel, égoïste, libéral. Le choix qui te lie indissociablement de ton prochain. Où tu penses pour une fois dans ta putain de vie en terme collectif.
« Ne vous trompez pas » qu’ils nous disent. On se trompe jamais pour les choix de convictions.
Alors, mec, tu vois quoi de ton avenir? Elle dit quoi ta boule de cristal?
Il se passe que j’ai renvoyé le bon sens. Je lui ai remis ses étrennes et je l’ai remercié sur le pas de la porte. Allez, casse-toi, fais du vent. Cachée du soleil, pour la vie. Je me repère à la nuit tombée, mes yeux n’y voient clair qu’à ce moment béni où l’obscurité s’élève. J’ai oublié le goût des aliments et la volupté. Je sais. J’ai encore une fois divorcé de mon corps et par conséquent, de tous les autres. Je ne le connais plus, je ne veux plus le connaître, il m’insupporte. Tiens, je le remercierais bien aussi celui-là. Mais il reste invirable. Il doit être syndiqué. Alors je chante. Je sais faire quoi d’autre, hein? Ta gueule la mouette. Pousse sur le diaphragme, et fait ta kéké des fois qu’on t’aurais pas vu. Kss, kss. Et mes fesses, tu les trouves comment mes fesses? Et mes seins? Tu les aimes aussi? Et en rentrant, finalement, non. Ca sera pas Jarmusch. Krypton me regarde d’un air désolé. « Pourquoi, me dit-il, qu’ai-je fait pour que tu m’abandonnes ainsi ? » Non, pas Jarmusch. Je veux entendre du japonais. Alors je me mets à poil et Furyo bip bip sur la platine DVD. Un quart d’heure. Puis Myasaki, en VO. Je fume et bouffe le muesli en même temps. Du muesli dans l’estomac depuis une semaine. Le muesli le nourrit pas, c’est juste pour en avoir plein la bouche à défaut d’y mettre autre chose. Les poumons pourris de goudron pour plus la sentir passer, si tu vois ce que je veux dire, mec. Et puis je m’endors dans un lit où les éclats de muesli jouent un peu entre les draps. Je me réveille deux heures plus tard, les yeux collés. Je me rendors deux heures plus tard. Ma vie du moment, c’est le matin. Toute la vie n’est qu’un long matin agonisant qui ne finit qu’une fois le noir partout dehors. Et somme tout, je vis pour ça. Pour ce sentiment d‘« avant ». Depuis toujours. Tu le connais, tu vois de quoi je parle, dude. Juste quand t’as mis les clefs et que ça vroum vroum la bagnole. Et que tu sais où tu vas, tu t’es même sapé pour ça. Pas trop bien. Juste un peu négligé pour que ça se voit pas trop. Dehors, la nuit. L’odeur de la ville, ses lumières, ma terre promise, ta vision vaporeuse, comme ça de loin, quand je file vers toi, je me sens en fusion. Les rires qui raisonnent depuis le ventre des bars et des clubs, les croupes à profusion, les érections psychologiques et organiques, parler fort, jouer à être n’importe qui sauf moi, la musique, la musique, la musique, bue, sniffée, absorbée, injectée par intraveineuse, m’envoie vers la béatitude, porte entrouverte sur l’extase, sur ce qu’il y a de mieux en tout, la musique, que je la joue ou que je l’entende, qui me maintient encore debout, fait que mes yeux embués s’ouvrent encore, inlassablement. C’est la vie que j’ai choisi à ma naissance. Même si elle n’existe pas vraiment.
Et j’ai fait monter en grade l’autre là. Celui qui passe sa vie en robe de chambre, un pétard de White Widow aux lèvres et qui ponctue sa vie de : « Yeah, Far out, man! » Comment qui s’appelle déjà?… The Dude.
Et puis y’a machin qui a fait des étincelles. Il a la tête rentrée à l’intérieur, la peau grise et les doigts qui tremblent un peu. Il chantonne toute la sainte journée d’une voix fine et vibrante, « je t’offrirai des perles de pluie …», « Heaven know I’m miserable now…. », « Hopelessness and prayers for rain… » Amour, et désespoir qui finalement auraient du rimer. Alors ça fait chialer le Dude, mais jamais très longtemps. Le Dude, il préfère Cleardance et le Dead.
« T’es mieux que Page et Plant réunis! » ,« Putain, hallucinante », « Trop balaise la meuf »… Ouais, ouais. Il avait les yeux miroitants et éteints à la fois. Bien défoncé. Des putes et de la coke, budy. L’autre, il implorait de m’entendre encore une fois. Les autres, ils trouvent ça cool. Ouais ouais.
Même en l’écrivant, ça fonctionne pas. J’ai jamais su faire ça. Je sais plus danser, je sais plus onduler. Mets ta langue dans ma bouche, voir. Non. Rien. Ca fait rien. Touche moi les seins. Mouais. Attends que je te touche la bite… Non plus. Bon. Ben, c’est pas tout ça, mais faut que je rentre, j’ai une boîte de muesli entamée et un DVD de Jarmusch qui m’attendent. « Far out, man! » Ta gueule Lebowski.
Faites que le soleil ne se lève jamais.
Pas besoin de lire dans le marc de café, de se regarder dans un miroir un vendredi 13 à minuit, de faire appel à un chaman ou de jouer au oui-ja avec un verre à shots. Je sais ce qui me tuera, au bout du bout de mon abonnement « vie ». L’ennui aura ma peau. L’agitation m’angoisse mais l’ennui, ça me tue. Et dans cette putain de vie, on dirait que vous vous êtes passés le mot pour tous me faire chier à coup de burin d’ennui en pleine poire. On a à faire à une génération de chochotte. Avec cette jeunesse là, la vie, on dirait un Godard. Et avec la jeunesse d’à côté, ben… Ils ont l’air contents de s’ennuyer, comme dans un mauvais épisode de « Shérif, fais-moi peur ». Le shérif, de nos jours, il est dans son rocking-chair à répondre « que de la gueule ». A croire que tout le monde a peur de passer pour un con. Alors on fait rien du tout. Je sais pas, moi, les gars, ça vous dit pas de faire du saut en parachute? D’aller déclamer un texte de Garcia Lorca ou de Fassbinder Porte de Clignancourt? D’aller danser autour d’un feu comme les Comanches? D’expliquer réellement aux mecs ce qu’il y a dans la chatte d’une fille et que les mecs nous expliquent réellement comment ça marche une bistouquette? De prendre quelques ecstas et de passer la journée à Disneyland? De faire danser les gens sur les voitures comme dans Fame? D’aller dans un institut d’handicapés mentaux et leur expliquer pourquoi Led Zep a changé le monde? De se rassembler devant l’Elysée pour chanter « La bite à Dudule » ou « Les copines à ma pine »? D’aller libérer les animaux du zoo de Vincennes? Les films sont chiants, la musique est chiante, les concerts sont chiants, les expos sont chiantes, les gens ont peur de tout. Un mec montre son cul à un concert et c’est l’hallu. Un mec se prend un coup de couteau dans un film, un filet d’hémoglobine et hop, on fait dans sa culotte. Britney se rase la tête, et c’est la mort de la pop. Borat rigole de la misogynie et de l’anti-sémitisme primaire et ouaaaahh… c’est l’absolu du subversif, ô mon Dieu, faut avoir des cojones grosses comme des têtes nucléaires pour faire un truc pareil. Polnareff menace un mec au téléphone, ça en fait un fou dangereux ; Iggy Pop fait un album (chiant) avec les Stooges et ce sont des Dieux vivants ; n’importe quel mec se met un déguisement à la con dans une soirée et ça devient un acte de dandysme novateur. Je sais pas vous, mais moi j’ai grandi avec dans les années 80 dans une famille de garçons. Traduction : pour moi l’éclate totale, c’est John Mc Lane, Rocky Balboa, Terminator, Alien, la putain de sa race de Tony Montana, la Ciccolina, le clip de Thriller, cet enculé de Nicky Larson, les mecs qui disent « motherfucker » sans « bip » à la fin de chaque phrase, Sharon Stone et sa chatte miraculeuse, les explosions de bagnoles que ça fait du bien aux tripes, les films espagnols transgressifs à mort, Madonna dans «Recherche Susan désespérément », même cet abruti congénital de Jean-Claude Van Damme. Hé! Les mous-du-gland! Les coincées de la chatte! Les collectionneurs d’aspirateurs dans le cul! Les bien-pensants! Les artistes consensuels! Les pédés qui refusent de se faire sodomiser! Les tordus du cœurs! Les péteux qui adooooorent Fellini mais qui sont incapables de lire entre les lignes de l’Exorciste ou de Old Boy! Ces chanteuses aussi passionnantes qu’un disque de musique d’ascenseurs qui explorent le fin fond du domaine créatif en parlant des objets dans leur chambre, de leur chien, de leurs copines d’école ou de la gente masculine en disant des trucs aussi intelligents que « les mecs, c’est tous des cons »! Les auteurs qui prennent systématiquement les lecteurs pour des débiles en nous faisant croire qu’ils ont inventé le fil à couper l’eau chaude en copiant Bret Easton Ellis ou Duras ! J’en passe, j’en passe… Donc, vous tous, bande de nazes, voici le conseil de la semaine : matez donc Rambo et pétez un coup.
Non? Pffff.. Vous vous emmerdez pas en 2007? Sérieusement?
J’en ai marre de cette génération de taffiole. J’en ai ras-la-moule de ces mecs qui ont une garde-robe qui fait trois fois la mienne. J’en peux plus des mecs qui bouffent du chewing gum avant de me rouler une galoche pour pas que je sente leur haleine-que-j’aime-parce-que-ça-pue-l’homme. J’en ai soupé des gonzesses qui se lèchent la gueule en soirée pour exciter ces messieurs mais qui sont incapables de vivre une vraie putain d’histoire d’amour déchirante avec une fille. Ca me pète les ovaires que ça soit devenu institutionnel de mentir tout le temps, de faire semblant, de prendre des airs, de se croire obligé de picoler pour danser n’importe comment, de faire semblant d’être tout le monde pour être accepté. Je suis consternée par la perte totale de l’humour dans son réel premier degré. Bienvenue dans l’ère de l’humour 6ème degré : on fait semblant de faire du 1er degré avec un recul condescendant au possible et une pureté d’esprit bidon. Ouais, bienvenue dans l’ère bidon. Où je fais semblant de m’intéresser à mon prochain alors que y’a que ma gueule qui m’intéresse, où je veux bien parler à un sans-abri mais pas de trop près parce que ça pue, où je veux bien sourire mais pas trop longtemps, où je veux bien baiser mais sans vraiment prendre mon pied parce que faut pas non plus que tu croies que je vais tomber amoureuse de toi pauvre tâche, où je t’écoutes en me regardant dans la glace en douce, où mes ennemis jurés sont les poils que j’ai sur les jambes et sous les bras, où tout le monde est une star, motherfucker.
PS : Gode blesse Yannick Dahan
Quand t’es môme, tu vois des trucs sous le lit. C’est normal. Je me rappelle avoir vu une fois un véritable loup, toutes dents dehors, marcher dans le couloir, entre l’ombre et la lumière de la porte entrouverte. J’étais persuadée sur le moment qu’il était parfaitement réel. D’autres voient des monstres dans le placard ou des griffes derrière le rideau.
Quand tu grandis, tu redoutes l’intrusion humaine. Tu vois des types, partout, tout le temps. Ces types qui rentrent par la fenêtre, qui passent sous les portes, qui pénètrent dedans. Ils font grincer le parquet, ils font cogner les portes aux murs, ils font des bruits sourds dans le plafond. Et, dans ton imagination, ils te volent tout, jusqu’à ce qu’il y a à l’intérieur de toi. Ils s’amusent à dépecer des corps comme ça, dans le noir.
Pour d’autres, ce seront des entités blanches ou noires. Des trucs impalpables mais assez présents pour foutre les jetons. Ou des ombres un peu trop actives.
Ou certains animaux. Les petites bêtes devant lesquelles, certaines personnes jugent bon de se ridiculiser en se perchant sur n’importe quoi. Pauvres petites bêtes.
Enfin bref, chacun ses peurs.
Je n’ai jamais craint le loup derrière la porte : il me protège des méchants. Je n’ai jamais craint les esprits rôdeurs : ils me donnent des intuitions et chuchotent des berceuses à mon oreille pour que je puisse dormir en paix. Je n’ai jamais craint le fou qui s’introduit chez moi : il ne cherche que le matériel, une fois le bien volé, il s’en va. Je ne change pas de trottoir quand je croise des bandes aux gueules patibulaires. Je vais parfois parler aux vagabonds possédés de folie douce qui aboient sur les passants. Je souris parfois au junky qui erre dans la ville les yeux brûlants, les doigts tremblants. Je réponds toujours poliment aux « excuse-moi mademoiselle, vous êtes bien charmantes, y’a moyen tu viens boire un coup avec nous? » Je ne frissonne pas dans l’obscurité. J’apprécie particulièrement des bêtes injustement détestées. Quoi? Le requin est un animal noble en voie d’extinction, l’araignée est incroyablement douée et créative, les reptiles sont esthétiquement irréprochables. La vue du sang, d’une seringue, d’un bout de chair, d’une salle opératoire, même d’un dentiste me laisse aussi flippée qu’un chanteur de R&B devant un épisode de Derrick. La douleur physique quelle qu’elle soit, ne me fout pas les chocottes outre mesure. Si j’ai mal, ça veut dire que je suis vivante, non?
Clairement, sans mentir, et sans arrogance aucune, je n’ai pas peur de grand chose. A la rigueur, je peux réagir avec une certaine panique devant les chatouilles, les huîtres, et les très très gros rongeurs. Et encore.
Ce que je crains, au-delà de tout, c’est mon nom, mon visage. Car il est le même que celui des Érinyes*, ces Furies, ces mouches. A la différence près qu’elles poursuivent les innocents et non les criminels. J’ai senti les tourments qu’elles faisaient subir alors même que ma mère me portait en son ventre. Je les ai vu à l’œuvre, dès ma naissance. Je les ai vu disloquer la famille par la haine, par la culpabilité, par la jalousie, par le mépris, par la violence. J’ai vu leur fureur s’abattre sur ce que j’avais de plus cher. Et j’ai été forcée d’entendre, à genoux, leurs menaces et leurs malédictions prononcées les poings levés, les yeux aliénés pleins d’une rancune sans fondement. J’ai vu les conséquences de leurs actes : des bleus sur le corps d’un vieillard, une maison détruite, une bagnole cramée, des cicatrices, là, partout, sur nous tous. J’ai dû les embrasser maintes fois pour apaiser leur colère. Je les ai implorer, j’ai mimer de l’amour pour qu’elles épargnent mes frères. Je les ai vu employer des ruses sans nom pour arriver à leurs fins. Elles m’ont sourit, m’ont enveloppées d’une fausse confiance, m’ont attiré dans leur nid pour me bouffer cru. J’étais trop jeune. C’était injuste. Je prie chaque jour pour ne plus jamais être confrontées à ces furies. Pour qu’elles ne s’en prennent jamais plus à ceux que j’aime. Revivre leur agression en rêve, c’est déjà bien assez. Mais le pire n’est pas là.
Elles sont les maux, elles symbolisent la souffrance et la violence la plus atroce et elles sont là, dans mon sang. Elles sont ma tante et sa fille, ma cousine. Je tairai leurs noms.
Finalement, ma terreur, ce n’est pas elles.
C’est ma propre image. Je me regarde dans la glace, j’empoigne des photos. Mon Dieu…. Je leur ressemble, c’en est insupportable. Ce sourire, c’est le leur. Ce corps, c’est le leur. Mes yeux, aussi. Je porte leur nom, putain. Et je porte en mon sang cette violence et cette haine. Les femmes de cette famille sont des descendantes d’Érinyes . J’ai la haine au fond des boyaux, j‘ai la violence au bord des lèvres. Elle voudrait sortir. J’ai honte. Je me délecte de violence en cachette. Comme un môme qui torture les animaux. J’aime les images barbares, je construis des scénarios monstrueux. Ca pourrait arriver. Je pourrais devenir comme elles. Je pourrais faire le mal. Avec un plaisir inhumain. Elles pourraient agir à travers moi, leur folle vengeance pourrait frapper à rebours, sur moi, sur ce à quoi je tiens. Car elles seront toujours là, au fond de mes tripes à gueuler des insanités, à me faire culpabiliser dans mes actes, à me rabaisser dans mes initiatives, à rire de mes amours, à pousser ma main vers les joues trop lisses, à taillader mes jambes pour me punir. Là voilà ma terreur. Devenir ma famille.
*Dans la mythologie grecque, les Érinyes (en grec ancien « pourchasser, persécuter » ) sont des divinités persécutrices. Elles ne sont pas soumises à Zeus et habitent l'Erèbe (ou le Tartare, suivant les traditions), le monde du dessous, se reposant jusqu'à ce qu'elles soient de nouveau appelées sur Terre.
Elles personnifient la malédiction lancée par quelqu'un et sont chargées de punir les crimes pendant la vie de leur auteur. Toutefois, si l'auteur du crime décède, elle le poursuivront jusque dans le monde souterrain. Elles tourmentent ceux qui font le mal. Elles les poursuivent inlassablement sur la terre en les rendant fous.
Compte tenu des récents pétages de plomb du serveur, je me vois contrainte d'abandonner le navire comme disent mes vaillants camarades blogueurs... Une nouvelle page se crée pour BB, l'Apprentie Alchimste. On se tient au courant, tout ça...
See you soon guys.