L'apprentie alchimiste

SHORTBUS!!

Il faut y aller. C'est important. Très.
PS : John Cameron Mitchell, faudrait vous élever une statue.

10 Commentaires 27.11.06 17:01, Commenter

Weeds

Il y a des soirs comme ça où ta vie repasse devant tes yeux. Quand t’as trop de fumée dans le cerveau, ça fait comme un brouillard de novembre d’où surgissent en flash des images. Un zapping interne post-THC. C’est celles-là qui comptent paraît-il. Alors, nue sur le lit, les bras en croix, la clope au bec, j’ai vu défiler mon père torse nu sur une pirogue, la canne à pêche à bout de bras. J’ai vu Michael Jackson danser dans ma télé et je me disais que c’était le truc le plus génial que j’avais jamais vu de ma courte vie. J’ai vu ma grand mère étendre le linge dans le jardin. Je me suis vu enfermer mon petit frère dans la cave pour le faire flipper. J’ai vu un canard dans une baignoire. J’ai vu ma mère nue devant un miroir. J’ai vu une glace à l’italienne parfum pistache sur la croisette de Juan-les-Pins. J’ai vu la bite de mon premier amoureux. La piste de danse du Picasso Club de Santa Margarita. Les bains de minuit. J’ai vu des mains m’arriver en pleine poire. J’ai vu du sang sur mes cuisses. J’ai vu les mecs du bistrot brailler. J’ai vu des belles gueules. Des filles qui hurlent des insanités.
Finalement, j’ai eu un peu envie de rendre. A Amsterdam, les gens vendent des trucs qui vous transforment le cerveau en salle de cinéma où le projectionniste est fou. Purple, White Widow, Cytral, B52... Le psyché-name de la weed. Tout un programme. A Amsterdam, il paraît qu’on met les putes en vitrine ce que je trouve somme toute plutôt logique. A Amsterdam, les hôtels sont du XVIIIème siècle et tiennent à peine debout. A Amsterdam, on peut s’oublier soi-même qu’ils disent.
A Amsterdam ou ailleurs, tu peux voir ta vie défiler et crever tranquille.

White Widow, et shit Afghan. Pour penser à tout et rien du tout. Pour oublier le présent. Et se rappeler le reste. Voir l’avenir peut-être…

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Odalisque with Nargilé and Snake
, 2003, Saudek

13 Commentaires 24.11.06 15:17, Commenter

Brève de comptoir n°2 - 4 avril 2004, 16h, comptoir du Vulcania

Le Vulcania est sur la rue Paul Bert, derrière le marché. La rue Paul Bert est étroite et vide la plupart du temps. Le Vulcania est la seule lumière au milieu de la rue et est tenu par Nacer, brave mec bien qu’un peu brigand comme tous les pochetrons du Vulcania.
Vers 16h, je viens boire un thé et je tombe sur Bernard dit « Nanard », patron du bar qui se trouve face au marché. Nanard appartient à un autre temps. Il a le nez rouge à 8h du matin et a tout inventé de la philosophie de comptoir.

BB – Salut Nanard !
Nanard – Mais c’est la puce !! Ca va la puce ?
BB – Doucement. Et toi ?
Nanard – Tu sais pas ce qu’il m’est arrivé hier ?
Il glisse un peu, s’accroche au comptoir et commande une pinte. « Alors Nacer ? J’ai le gosier qui sèche là ! »
BB – Qu’est ce qu’il t’est arrivé ?
Nanard – En sortant du bistrot vers 2h du mat, j’ai pris la bagnole. (hip !) Pis, tu vois pas qu’les condés m’arrêtent. Alors moi, j’me dis, « hé merde, pour une fois que j’ai pô la ceinture ! » (hip !)

Alors, les schmitts, ils me regardent, et ils me demandent si j’ai bu. Bon, ben je leur dit, oui, enfin, un peu quoi…
Le mec, y me dit « combien de verre ? », pis moi j’lui réponds « Ben , un verre à la fois ! »

 
Voilà, Nanard, dans toute sa splendeur. Coluche aurait pas fait mieux.

1 Commentaire 13.11.06 16:20, Commenter

Quizas, Maybe

Peut-être que c’était pas la peine. La crise, la révolution, la rage qui précède l’envie de vivre. Des conneries. Tout ça pour se ramener sur la ligne, bien au garde-à-vous devant le géniteur. Parce qu’on est pas habitué. Ou peut-être parce qu’on a pas vraiment envie de vivre quand on a jamais vraiment vécu.
Peut-être que c’était pas vraiment nécessaire. D’aller mendier l’affection. D’aller chercher des corps qui n’avaient peut-être pas envie. De se pâmer honteusement, de cacher la supplication derrière la séduction, de faire semblant de ne pas être ridicule. Pour finir assise, muette, l’œil bas, les pieds froids, le chat dans la gorge. Voir l’autre se forcer à être courtois. Et être l’un comme l’autre, obligé de rester là, comme ça, histoire de. Peut-être parce que la solitude, c’est réputé pour être nul. Peut-être que le sexe n’est qu’un sport qui n’a pas besoin d’esprit d’équipe. Peut-être que ça sert à rien. Peut-être que de mendier l’amour à autant de personnes qui n’ont rien demandé, c’était pas naturel.
Peut-être que s’habiller, prendre la voiture, mettre le rouge à lèvres avant d’y aller, c’était pas indispensable. Tout ça pour jouer à l’oiseau dans une volière ou les piou-pious se foutent de toi et de tout. Peut-être que ça fait du mal finalement. De voir des gens qui ont leur place quelque part. Là sous les lumières. Se dire que c’est bien. Se dire qu’on en crève. Se dire qu’on mérite peut-être pas. Se dire que le talent, c’est subjectif. Et rentrer à la maison, les yeux embués, la bouche enfumée, le palais défoncé. Prendre la guitare, susurrer « Ô père, descendons dans la rivière pour prier ». Se dire que c’est pas mal. Se coucher, parce qu’il faut bien.
Peut-être que fallait pas jouer à faire le rossignol. Pour en fait subir un étrange syndrome. L’impression de tromper son monde. L’impression que le monde se trompe. Que rien n’est réel. Que rien n’est sincère. Noyer la parano dans la vodka est plus simple. Peut-être que ça aussi, c’était pas nécessaire.
Peut-être qu’on grandit jamais. Peut-être qu’on écoute pas vraiment les autres. Peut-être qu’on aime jamais. Peut-être qu’on s’en fout. Peut-être qu’on est dans un grand ascenseur, en attendant de crever. Peut-être que rien n’est important. Peut-être que si je pisse sur la barrette et qu’elle devient bleu, ce sera pas si grave.

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My Country, Jan Saudek, 1990

4 Commentaires 13.11.06 10:36, Commenter

24 octobre 2006, terrasse de l'Edony, Paris Vème

- Elle est devenue pute comme ça... Elle a eu une maîtrise de lettres, et après elle a travaillé dans des bureaux pendant des années. Et puis, comme ça, il y a dix ans, du jour au lendemain, elle a tout lâché pour se prostituer.
- Elle faisait quoi?
- Fonctionnaire.
- Comme quoi, ça mène à tout...

4 Commentaires 24.10.06 14:21, Commenter

Sous la peau le cerveau

La première fois, on ne se rend pas vraiment compte. C'est juste une petite blessure, juste là, au-dessus du genou. Le ballon avait été renvoyé trop loin, et le pied a glissé. La peau a été frottée sur le bitume de la cour de récré. Alors ça fait une petite croute. En grattant, le liquide magenta s'écoule et c'est drôle, pas vraiment désagréable.
Puis après, on se surprend à gratter la peau, même s'il n'y a pas de blessure. Juste comme ça. Pour rire, on se mord soi-même, on regarde la marque des dents ; on se griffe, on se pince, on crée des motifs avec la marque des ongles.
Dans le bain, le gant de crin prend des allures de dague précieuse. Il ponce la peau, la rend vermeille. On voudrait pouvoir voir à travers.
La découverte de l'accessoire est décisive. Le rasoir est détourné de son utilisation basique. On surveille la cicatrisation de la première entaille en apparence accidentelle, jusqu'à ce qu'elle se referme en une cicatrice qui fait comme un petit chemin sur le corps. On commence à comprendre.
Comprendre qu'une claque sur le visage, ou sur la fesse, que des ongles plantés dans le dos, que les dents qui s'enfoncent dans le cou suscitent un plaisir qui peut conduire à bien des choses...

L'accessoire enjolive, customise, divertit. Quand la pratique se transforme en jeu, elle devient fédératrice, hype, fun. La douleur ressentie avec toutes les pinces, menottes, fouets inimaginables ne provoque aucun plaisir. La douleur dont je parle, au-delà de l'excitation joussive à la vision d'un corps humain en lambeau, relève de l'humiliation dans toute sa beauté. Ce plaisir là est intellectuel, subjectif, détaché des sens et en même temps décupleur d'andorphine. La laisse est l'accessoire parfait. Elle ne suppose pas nécessairement la douleur physique mais le rabaissement volontaire d'un des sujets qui se trouve au bout de la laisse. L'insulte, le regard autoritaire, l'ordre donné sous un ton déclinable en plusieurs teintes et intonnations, la punition, sans pour autant laisser place à l'irrespect ou à la maltraitance. Régresser, se soumettre, accepter l'insupportable, se courber, se redresser à souhait est la forme la plus extrême de la dévalorisation égocentrique. L'exemple parfait de la contradiction humaine.
Il n'y a rien de logique en l'être humain. Arrêtez donc de chercher la contradiction chez l'autre comme une preuve de faiblesse. Tout est contradictoire en l'homme, en la vie même. On peut très bien vivre avec. Et si je veux être une reine dictatrice à genou devant ses sujets, c'est comme ça. Qu'ils me punissent et qu'ils m'adorent.

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The Violin Lesson -Saudek

11 Commentaires 16.10.06 17:00, Commenter

Allons les enfants, je vais vous raconter une histoire...

Il y a fort longtemps, dans une contrée lointaine, quelque part entre la forêt et l'océan, une terre aride ; brûlante quand le soleil était à son zénith, glacée au plus tard de la nuit.
Vivait dans un village perdu dans ce climat hostile, le plus beau de tous les hommes, fils de la montagne et du soleil, à la peau chaude et au regard électrique. Il faisait des femmes vertueuses des pécheresses et transformait l'homme honnête en monstre de jalousie.
Mais son cœur étant fourbe, rien n'était assez flatteur pour ses traits. Ni les preuves d'amour désespérées, ni les discours élogieux. Connaissant en son âme son pouvoir inné de la plus sublime des séductions, il partit à la ville à la recherche d'un destin fabuleux.
Mais les femmes de la ville étaient rudes et portaient en elles la douleur d'une vie passée dans la jungle. Et la plupart se désintéressaient de notre héros après une nuit. Son orgueil au seuil de l'aliénation, l'homme décida de ne laisser aucun cœur de femme intact après son passage. Il étudia la femme dans ses facettes les plus lumineuses comme les plus sombres et mit à exécution une oeuvre machiavélique.
Chaque semaine, il déposait chez toutes les femmes de la ville une rose rouge ainsi que quelques mots courtois. Au bout de quelques mois, les femmes de la ville avaient les joues plus roses et se paraient même pour une simple promenade. La fête nationale approchant, il changea légèrement de discours et indiqua aux femmes dans son lot de mots courtois mensuel, sa présence lors du grand bal organisé à cet effet.
Le soir venu, il s'habilla modestement, cacha son visage sous un chapeau noir et assista au bal depuis une balustrade qui surplombait la fête. Il vit arriver la respiration haletante des femmes fardées, poudrées, parfumées, maquillées. Il observa avec un plaisir délicieux les regards éperdus qui le cherchaient, les mains qui agitaient nerveusement les éventails, les gorges qui s'abreuvaient d'alcool dans l'espoir de se dénouer, les mains qui touchaient systématiquement leurs cheveux. Et quand la fête fut finie et que la boisson était épuisée, il contempla avec bonheur que certaines ne pouvaient cacher leurs larmes ou que d'autres avaient succombé à l'ivresse de la boisson par désespoir.
Il quitta la ville le soir même, en direction d'une ville du Nord pour prolonger son œuvre, celle de s'abreuver des larmes des femmes.

C'est triste comme histoire hein? On peut évidemment remplacer le héros par une héroïne, le pécher étant applicable à tous les sexes. Faites attention, la prochaine ville, c'est peut être la vôtre...

3 Commentaires 12.10.06 17:54, Commenter